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Gruznamur/Emotions | Le Chat du Cheshire | Des livres plein la bibliothèque


Auteur de trois précédents romans policiers, Le samouraï qui pleure, L’ombre de Janus et Des pas sous la cendre, Laurent Scalese nous offre une balade haletante au sein de la brigade des Stups avec son dernier roman, Le baiser de Jason.
Bonjour Laurent Scalese. Je vous remercie de consacrer un peu de votre temps aux Chroniques de l’Imaginaire en acceptant de vous prêter au jeu de l’interview. Pourriez-vous tout d’abord vous présenter pour nos lecteurs ?

Bonjour, chère Misandre, et merci de m'accueillir si chaleureusement sur votre site. Je suis âgé de 37 ans et j'habite Versailles. Après l'obtention d'un bac B, je me suis inscrit en BTS Action commerciale. J'ai décidé d'interrompre mes études avant l'examen de deuxième année. J'ai donc fait mon service militaire dans l'armée de l'air. A mon retour, j'ai travaillé dans le prêt-à-porter, en tant que vendeur puis en tant que responsable de boutique. Pendant toutes ces années, je n'ai pas cessé d'écrire. En fait j'écris depuis l'âge de neuf ans. J'ai commencé par rédiger des poèmes un peu naïfs - sur les saisons et le temps qui passe -, puis j'ai enchaîné avec des nouvelles d'anticipation et de science-fiction. Le livre qui m'a le plus marqué à cette époque est sans aucun doute La planète des singes de Pierre Boulle. Par la suite, je me suis intéressé au roman policier à énigme. J'ai dévoré l'oeuvre d'Agatha Christie et celle de Conan Doyle. Je suis venu au roman noir un peu plus tard, pendant le spleen de l'adolescence. Les livres de Hammett, Chandler et Thompson m'ont beaucoup impressionné. La noirceur de leurs intrigues et le pessimisme de leurs personnages m'ont fasciné. Côté français, j'ai flashé sur J.-P. Manchette, qui reste mon auteur préféré. Après avoir noirci des centaines de pages, j'ai décidé de tenter ma chance. J'ai envoyé le manuscrit du Samouraï qui pleure à une dizaine d'éditeurs. Quatre jours plus tard, le rêve s'est réalisé : le directeur littéraire de Pygmalion m'a téléphoné. Nous avons signé le contrat la semaine suivante. Je me suis longtemps demandé pourquoi j'éprouvais le besoin de raconter des histoires, pourquoi je ne pouvais pas m'en passer. Avec le temps, j'ai compris que l'écriture est une thérapie. D'une manière générale, l'acte de création est une réponse aux névroses de l'artiste. Et puis, écrire est un métier, contrairement à ce que pensent beaucoup de gens. Comme le disait Chandler, l'écriture vient du plexus solaire. Lorsque j'entends des auteurs dire qu'ils rédigent dix pages par jour, dans la joie et la bonne humeur, sans avoir cette boule à l'estomac, je ne peux m'empêcher d'être sceptique. Et surtout, je prends soin d'éviter leurs ouvrages.
L’écriture est donc un métier que vous prenez très au sérieux. Cela se ressent d’ailleurs dans la solidité et l’authenticité de vos intrigues. A ce propos, je me suis demandée en cours de lecture si vous étiez un agent infiltré au Quai des Orfèvres, ou bien si vous n’aviez pas vous-même servi de « mule » dans une vie antérieure, pour faire preuve de tant de pertinence sur ces douloureux sujets... Pourriez-vous nous en dire un peu plus... Dévoiler quelques mystères pour nos lecteurs ?

Avant de commencer à écrire des polars, j'ai envoyé un courrier au ministère de l'Intérieur. J'avais déjà bien avancé la rédaction de mon premier roman, Le Samouraï qui pleure, lorsque j'ai reçu un appel du directeur régional de la police judiciaire de Versailles, Jean-Marc Bloch. Une figure de la PJ puisqu'il a participé à l'enquête sur le fameux Gang des Postiches et à celle sur les attentats perpétrés à Paris dans les années 80. Par la suite, j'ai sympathisé avec des flics de la Crim, des Mineurs et des Stups. Cela n'a pas été facile. Il m'a fallu des années pour gagner leur confiance. Au début, ils ont toujours peur d'avoir affaire à un journaliste. Quand ils se sentent suffisamment à l'aise, ils commencent à se livrer. Mes visites au 36, quai des Orfèvres, restent mes meilleurs souvenirs. C'est un endroit mythique. Je n'oublierai jamais le jour où Frédéric Péchenard, l'ancien patron de la Criminelle, m'a fait monter sur les toits du 36, ni celui où un commissaire des Mineurs avait les larmes aux yeux en me racontant l'histoire d'une fillette abusée par un pédophile. Pour en revenir au Baiser de Jason, j'ai rencontré plusieurs commissaires de la Brigade des stupéfiants. Ils m'ont parlé de ce milieu sans pitié, des trafiquants, des dealers, des usagers et des passeurs de drogue. La plupart des flics des Stups dorment peu, n'ont pas de vie privée et se sentent déphasés. Je les admire car les saisies effectuées sont dérisoires par rapport aux quantités qui inondent le marché. Quand on sait comment cela fonctionne, on comprend que le combat est perdu d'avance. Les gouvernements laissent certains pays nous vendre de la drogue pour une raison simple : avec l'argent obtenu, ces pays nous achètent des armes. Cette vaste entreprise tourne à plein régime et elle n'est pas prête de faire faillite. Ceci dit, je tiens à préciser que j'ai toujours l'histoire en tête avant de démarcher la police. Les flics sont en quelque sorte mes conseillers techniques.
Des conseillers techniques à la hauteur et dont vous tirez le meilleur, à lire votre dernier roman, le Baiser de Jason. On vous sent très (trop ?) lucide vis-à-vis du système. Serait-ce le cas ? L’écriture serait-elle aussi un exutoire, une façon de crier votre révolte à la face d’un monde sourd et aveugle à la misère humaine ?

Disons que je suis lucide en général. Je ne me berce pas d'illusions, je ne crois pas aux contes de fées et je suis convaincu qu'il faut se battre pour obtenir ce que l'on veut. Pour autant, je ne suis pas le plus grand pessimiste de la terre, loin de là. Ce qui se passe dans le monde est désespérant, mais j'ai de l'espoir. Le Dalaï-lama a dit une chose très juste sur la condition humaine : Nous pouvons tout nier, sauf la possibilité que nous avons d'être meilleurs. L'homme n'est pas fondamentalement mauvais. Seulement, il ne fait aucun effort pour devenir meilleur. Un téléfilm larmoyant de M6 ou TF1 l'émeut plus que le drame du foyer voisin. Ce paradoxe me fascine. Par ailleurs, je pense que les médias ne rendent pas service aux jeunes. A l'heure actuelle, la célébrité prime sur le talent. Les jeunes veulent passer à la télé pour être reconnus dans la rue. Parce qu'une adolescente sait poser sa voix, parce qu'elle chante juste, elle est forcément une star. Tout cela est ridicule. Les producteurs fabriquent des artistes comme les industriels des savonnettes. Pour en revenir à l'écriture, elle est avant tout une thérapie. J'écris pour me libérer. Je couche sur le papier mes peurs les plus intimes. Au lecteur de les découvrir.
A propos de célébrité, de stars, de média et, surtout, de talent, les lecteurs des Chroniques de l’Imaginaire auront-ils le plaisir de vous rencontrer, cette année encore, pour obtenir, par exemple, une dédicace sur votre dernier roman, le Baiser de Jason ?

Ce sera avec grand plaisir. Il est toujours enrichissant de rencontrer ses lecteurs et de discuter avec eux. Après tout, les auteurs écrivent pour avoir la chance d'être lus. Les avis, positifs ou négatifs, nous permettent de nous améliorer et d'avancer. Les séances de dédicace sont également un moment privilégié. Je suis donc à votre disposition.
Les lieux et dates ne vous sont donc pas encore connus ? Où alors serait-ce votre manière, en tant qu’auteur de romans policiers, d’entretenir le suspense et de ne pas tout dévoiler à vos lecteurs ? A ce propos, au moins trois des titres de vos ouvrages font référence à diverses mythologies, que ce soit le samouraï qui pleure, l’Ombre de Janus ou le Baiser de Jason. Cela trahit-il un intérêt particulier pour les légendes ?

Distiller le suspense est une seconde nature. Sérieusement, fixez une date et je viendrai. En ce qui concerne les livres que vous citez, je fais effectivement référence à la mythologie, mais pas seulement. Lorsque j'étais jeune, je raffolais des mangas et des dessins animés comme Albator et Goldorak. J'ai toujours été fasciné par l'inventivité des artistes japonais et la violence de leurs oeuvres. Quand on connaît un peu l'histoire de ce pays, on comprend que ces images volontairement choquantes sont une façon d'exorciser Hiroshima et Nagasaki. A l'heure actuelle, des films angoissants comme The Ring ou Dark water démontrent que cette société n'a toujours pas pansé ses plaies. Pour écrire Le Samouraï qui pleure, j'ai étudié le Japon moderne et le Japon féodal, régi par des règles strictes. Je crois que le thème du samouraï est inépuisable. Leur code de l'honneur, leur loyauté mais aussi leurs excès, qui sont bien loin de ce que l'on nous raconte habituellement, m'ont aidé à les comprendre et à donner vie à mes personnages, Iga et Akamatsu. L'Ombre de Janus est une histoire de tueur en série. Ce thème étant rebattu depuis Dragon rouge et surtout Le silence des agneaux de Thomas Harris, j'ai voulu sortir des sentiers battus. Je garde un excellent souvenir de la rédaction de ce roman car je savais que je prenais le contre-pied d'un sujet à priori usé jusqu'à la corde. J'ai choisi d'appeler le tueur Janus pour deux raisons. Tout d'abord, les mythologies grecque et romaine me captivent depuis toujours. Je ne peux pas dévoiler la seconde sans déflorer le suspense, entretenu jusqu'à la dernière ligne. Je préfère laisser les lecteurs la découvrir. Le choix de Jason est lui aussi lié à la mythologie : enfant, je regardais en boucle Jason et les Argonautes. Et puis, l'idée de jouer avec les mots m'a emballé. Ainsi, le trafiquant et ses sbires sont appelés Jason et les Narconautes.
A lire vos propos, il me semble que c’est le mot « autodidacte » qui vous caractériserait le mieux, non ? Quels sont donc vos autres champs d’intérêts ?

En effet, j'ai appris sur le tas. Quand un sujet m'intéresse, je fais en sorte de parfaitement le connaître. Mon autre grande passion est le cinéma. Des polars, bien sûr, mais aussi des classiques. Je vénère Antonioni. Sa trilogie sur les rapports entre les hommes et les femmes, composée de L'Aventura, de L'Eclipse et de La Nuit est une pure merveille. J'adore aussi Blow Up, notamment la séquence où David Hemmings examine les photos dans son atelier, à la recherche d'un indice. Mon film policier favori est Heat. Le face-à-face entre De Niro et Pacino est un moment d'anthologie. Et puis, la mise en scène de Michael Mann est un régal. Je peux regarder en boucle Seven, de David Fincher. A mon sens, il a renouvelé le thème du tueur en série au cinéma et contribué à l'émergence du néo-polar. J'aime aussi la science-fiction. Des films comme Alien, Soleil vert et L'invasion des profanateurs de sépultures sont incontournables. Je ne me lasse pas de revoir Zombie, de George Romero, qui n'est pas seulement un film d'horreur mais aussi une réflexion sur la société de consommation et ses dérives. Mais le film que je place au-dessus de tous les autres reste Blade Runner, de Ridley Scott. Noir, dérangeant, poétique, esthétique et envoûtant, ce film est un chef-d'oeuvre. Harrison Ford y trouve son plus beau rôle.
En fait, vous semblez incapable de vous contenter du second degré. Est-ce que c’est ce trait de caractère qui vous a conduit à l’écriture de romans policiers, ou est-ce votre statut d’auteur qui vous pousse à toujours chercher le sens caché d’une histoire ? Plus simplement, je devrais vous demander, au nom des apprentis écrivains qui liront cette interview : comment devient-on auteur de polars ?

En effet, j'aime la profondeur en toute chose. Aujourd'hui, il y a plus de pseudo-artistes que de vrais talents. La plupart des gens que l'on voit à la télé ou que l'on entend à la radio n'ont rien à dire. Ils sont superficiels, dépourvus de talent et surtout d'émotion. Le propre de l'artiste est de créer, non pas avec son cerveau mais avec son coeur et ses tripes. Je dois reconnaître que j'ai un gros défaut : je ne supporte pas l'à-peu-près. Lorsque j'écris un livre, je me donne entièrement. Il m'arrive de me lever la nuit pour corriger une faute, remplacer un mot par un autre ou ajouter une virgule. Si je ne le fais pas, je ne peux pas dormir. En résumé, je suis excessif. Cela me joue des tours, bien entendu. Mais je sais qu'écrire un bon roman est à ce prix. Pour répondre à la seconde partie de votre question, je n'ai jamais eu envie de raconter ma vie dans mes livres. Des tas d'auteurs font cela très bien - plutôt mal que bien, d'ailleurs. Je trouve ma vie banale et parfois ennuyeuse, alors pas question d'embêter les gens avec mes états d'âme. Quand j'ai commencé à écrire, j'avais envie d'inventer des histoires. Le polar est un genre qui me convient parfaitement, à la fois fictif et ancré dans la réalité. Jean-Marc Bloch, l'ancien patron de la PJ de Versailles, m'a dit un jour qu'il considérait les flics comme les médecins du corps social. J'aime camper ces individus à la fois désenchantés et pleins de bonne volonté. Car si l'on mentionne les bavures de la police dans la presse, on ne parle jamais de ce qu'elle fait de bien. Je trouve cela injuste et regrettable. Je n'ai bien évidemment aucun conseil à donner à une personne qui souhaite écrire des polars, ou écrire tout court, pour une raison simple : on ne choisit pas l'écriture, c'est elle qui nous choisit. Comme je l'ai déjà précisé, l'écriture est un besoin, une thérapie. La publication est la cerise sur le gâteau. Mais à la base, ce n'est pas le but recherché. L'écriture est un cri que l'on pousse, en espérant qu'il sera entendu par le plus grand nombre.
Y a-t-il un autre genre d’écriture que le roman policier qui vous attire, un genre où, peut-être, vous vous essayerez un jour ?

Il faudrait me mettre un pistolet sur la tempe pour que j'arrête d'écrire des polars ! Sérieusement, l'essentiel pour moi est d'écrire. A la limite, peu importe le genre, même si l'anticipation et la science-fiction ont ma préférence. J'adore la SF américaine des années cinquante. Des auteurs comme Richard Matheson, Ray Bradbury et Jack Finney ont écrit des chefs-d'oeuvre. Leurs ouvrages décrivent un futur apocalyptique mais pas seulement. Dans Fahrenheit 451, il y a des pages sublimes sur l'avenir de la littérature et celui des livres en général. Bradbury a pressenti ce qui se passe aujourd'hui : certains tentent par tous les moyens d'uniformiser la pensée, dans le but de vendre le même produit, le même livre et la même émission de télé à un maximum de gens. Dans Je suis une légende, Matheson dépeint l'extrême solitude de l'être humain avec une force et une lucidité rarement égalées. Dans L'invasion des profanateurs, Finney pousse la paranoïa à son paroxysme. Chaque fois que je lis un bouquin de ces trois-là, je les admire, je les envie et je les maudis à la fois : ils ont écrit ce que j'aurais aimé écrire !
Selon vous, quel est donc l’avenir de la littérature et des livres en général ?

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : les gens lisent de moins en moins, et quand ils lisent, il s'agit de documents ou d'autobiographies de vedettes de la chanson, du cinéma ou de la téléréalité. Autant dire que ces lectures n'apportent rien. Cette situation me consterne. Les décideurs entretiennent cette pauvreté intellectuelle car niveler par le bas leur permet de toucher un large public. Le but est d'écouler leurs produits - films, livres et disques - le plus vite possible et d'engranger les bénéfices. Cela peut paraître caricatural mais c'est ainsi que les choses se passent. Tant que les éditeurs ne miseront pas sur des auteurs français, la situation ne cessera d'empirer. Je ne comprends pas leur calcul. Investir sur des auteurs étrangers leur coûte cher : il faut partager le gâteau avec l'éditeur détenteur des droits, l'auteur et l'agent de l'auteur. Sans parler du budget pub. Car un auteur de best-sellers déçu est un auteur perdu. Lancer un auteur français serait plus rentable. Au début, les frais seraient peut-être élevés, mais au final ils s'y retrouveraient. Pour en revenir à la production actuelle, je lis les auteurs contemporains car j'estime qu'il est de mon devoir de savoir ce qui se fait, de connaître les tendances. Franchement, je suis presque toujours déçu. Je m'inquiète pour nos enfants. Il suffit d'entrer dans une librairie pour mesurer l'étendue des dégâts. Les éditeurs saturent le marché d'ouvrages en tous genres. Ils devraient en publier peu, mais des bons. Les jeunes avec lesquels je discute me disent qu'ils ne savent pas quoi choisir. Le plus souvent, ils ressortent sans rien. Avouez que c'est un comble ! Surproduire n'est pas la bonne stratégie. Trop de livres tuent le livre.
Une fois n’est pas coutume, je m’en vais jouer à la bonne fée et vous accorder le pouvoir de changer trois choses, sur le plan personnel ou mondial. Quels seraient vos voeux (vous avez le droit d’être égoïste) ?

Il y a plus de trois choses que j'aimerais changer, mais j'accepte de jouer le jeu. L'éradication de l'ignorance serait mon premier voeu. L'obscurantisme engendre la haine et la violence, avec les conséquences que l'on connaît. Tout dépend de la culture. Il faut bien admettre que les gouvernements et les médias ne lui accordent plus aucune importance. Il suffit de surfer sur Internet pour constater l'ampleur des dégâts : de plus en plus de gens ne maîtrisent pas la langue. Ils font des fautes d'orthographe et de grammaire à la pelle. Quant à la syntaxe, n'en parlons même pas. Nous vivons dans un monde où les chiffres évincent les lettres. Un matheux a dix fois plus de chances de s'en sortir qu'un littéraire. Une phrase de Balzac résume assez bien la situation : Vous avez l'étoffe de trois poètes; mais, avant d'avoir percé, vous avez six fois le temps de mourir de faim. Il faudrait changer la donne. A mon avis, le rôle d'un prof de français est bien plus important que celui d'un prof de maths. Mon deuxième voeu concerne ceux qui nous gouvernent. Comme disait Michel Berger dans sa chanson, On les connaît, on veut plus les voir. A l'heure actuelle, l'Europe et les Etats-Unis sont dirigés par les chefs d'Etat les plus incompétents et les plus roublards de ces trente dernières années. Il y a eu les trente glorieuses, il y aura les trente décadentes. Ces gens-là se disputent la palme du cynisme et de l'indifférence. Comme j'aimerais me réveiller un matin et apprendre qu'on les a mis au placard ! Plus banal, mon troisième voeu concerne les miens. Je nous souhaite santé, bonheur et réussite.
Et je vous le souhaite, ainsi qu'à vos proches, aussi ! Avant de vous quitter, je voudrais encore vous demander vos projets d’auteur. Etes-vous en train de nous concocter un prochain livre qui, nul doute, fera les délices des amateurs de nuits blanches sur fond de roman noir ?

En effet, je suis en plein travail. Il s'agit d'un thriller, violent et réaliste, dans lequel la psychologie des personnages occupe une place très importante. Il devrait sortir en 2006. Mais je préfère ne pas en dire plus.
Vous nous laisserez donc sur ce suspens insoutenable ? C’est vraiment une déformation professionnelle ! Avant de conclure, je voudrais vous remercier d’avoir bien voulu vous prêter au jeu de l’interview et de nous avoir fait partager, au fil des lignes, ce qui vous anime en tant qu’auteur mais, aussi, en tant qu’homme. Un dernier mot pour nos lecteurs ?

J'ai envie de m'adresser aux lecteurs de romans policiers. J'aimerais leur dire de ne pas acheter systématiquement les livres vantés par la pub et les journaux. Il y a, sur les tables des librairies et sur les étagères des FNAC, des ouvrages de qualité, dont on parle peu ou pas du tout mais qui sont excellents, voire meilleurs que ceux portés au pinacle par les éditeurs et la presse. N'hésitez pas à fouiner, des perles sont là, tout près, à portée de main. Surtout, n'oubliez pas les classiques. Je parle des Hammett, Chandler, Thompson, M.Cain, McCoy, Irish, Boileau-Narcejac, Manchette et j'en passe. Ces gens-là ont donné leurs lettres de noblesse à un genre souvent minimisé et méprisé. Car les auteurs de polars sont de vrais écrivains. Construire une intrigue solide n'est pas évident, pas plus que de camper des personnages profonds et attachants. Pour terminer, j'aimerais rappeler l'importance de Dashiell Hammett et Raymond Chandler. Véritables pionniers, fondateurs du roman noir, ils ont créé le mythe du détective privé et celui de la femme fatale. Sans eux, beaucoup de livres et de films n'existeraient pas. Il ne faut pas les oublier, au même titre qu'un Balzac, un Maupassant, un Buzzati ou un Moravia. Leur contribution au genre a été capitale. En guise de conclusion, j'ai envie de vous remercier, chère Misandre. Vous m'avez donné l'occasion de m'exprimer en toute liberté, fait suffisamment rare pour être souligné. J'espère que nos routes se croiseront de nouveau car nous avons encore des tas de choses à nous dire. A très bientôt.

Ecrite par Misandre, le 29 Septembre 2005