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Interview accordée à mon pote Stéphane, modérateur du fameux site « Plume libre »


Le téléfilm La Taupe (avec Ingrid Chauvin, Linda Hardy…) dont tu as écrit le scénario, sort en Dvd le 9 août 2007, après avoir rassemblé 9.300.000 téléspectateurs. Comment t’es-tu retrouvé dans cette aventure ?

Avant toute chose, merci de m’accueillir sur « Plume libre ». En fait, je n’avais jamais pensé écrire pour la télé ou le cinéma. L’idée ne m’avait jamais effleuré l’esprit. Et puis un jour, j’ai reçu un mail de la direction de la fiction de TF1. Le directeur de la fiction avait lu un de mes polars, « La baiser de Jason », l’avait beaucoup aimé et souhaitait me rencontrer. Le rendez-vous pris, je suis allé le voir et il m’a parlé franchement : le ton et le rythme de Jason lui plaisaient et correspondaient à ce qu’il recherchait pour les téléfilms de la chaîne. Par la suite, il m’a envoyé un scénario qu’il jugeait bancal, me demandant de corriger les premières séquences. Un soir, il m’a appelé pour me dire qu’il était satisfait de mon travail et que nous allions « dealer ». Je n’avais jamais écrit de scénario, il ne m’a donné aucune indication sur la démarche à suivre, j’ai donc foncé en espérant que ça marche : c’était en quelque sorte un entretien d’embauche.
Quelles sont les différences entre le travail d’écriture d’un roman et d’un scénario ? Le passage de l’un à l’autre s’est-il effectué facilement ? Quelles sont les principales difficultés que tu as rencontrées ?

Pour un roman, qui est une œuvre vraiment personnelle, l’auteur s’enferme dans sa bulle et se lance un défi : raconter une histoire qui tienne la route. Il est seul face à lui-même. Techniquement, le livre impose beaucoup plus de contraintes : il s’agit d’avoir un style, de respecter la syntaxe, d’éviter les répétitions, de faire attention à la grammaire et à l’orthographe. La structure du scénario est comparable à un squelette, les dialogues en sont la chair. Le style importe peu : il faut être précis, descriptif, logique. Le réalisateur et les acteurs doivent comprendre ce que tu as voulu dire dès la première lecture. Pas question d’user d’effets littéraires. Le passage du livre au scénario ne se fait pas facilement. Je connais beaucoup d’auteurs qui sont tétanisés à l’idée d’écrire un scénario, essentiellement parce qu’ils ne veulent pas affronter la « machine » derrière, à savoir la production, la chaîne, les corrections incessantes (souvent jusqu’au premier jour de tournage), les impératifs de temps et de budget. Du coup, ils renoncent et restent dans leur « cocon d’auteur ». Car une fois qu’on travaille sur un projet audiovisuel, il faut savoir que l’engagement est total et la pression quotidienne. Certains auteurs me disent parfois, en parlant des téléfilms et séries, « J’ai trouvé le coupable tout de suite », « Je ne l’aurais pas écrit comme ça », « C’est trop télé ». Ils semblent ignorer qu’il y a des règles, des codes télévisuels qu’on doit respecter si on veut faire ce métier. Ils m’amusent quand ils dénigrent l’audiovisuel, surtout que la plupart d’entre eux rêvent d’écrire pour l’image et foncent quand ils sont contactés pat un producteur ou une chaîne. Il y a une réelle hypocrisie à ce niveau-là… Comme je le disais, l’écriture d’un roman est un exercice solitaire. Une fois terminé, il est soumis au jugement et à l’approbation d’une seule personne : le directeur littéraire. Pour le scénario, c’est nettement plus compliqué. Quand il est fini, il est lu par des dizaines de personnes, dont le producteur, le chargé de programmes de la chaîne qui a commandé le film, le réalisateur, les acteurs, les agents des acteurs, etc. L’auteur doit donc faire face à de multiples avis, assister à des dizaines de réunions où chacun expose sa vision du film. C’est là que commence ce que j’appelle « le processus d’appropriation » : chacun veut apporter sa pierre à l’édifice et prend possession du film. Cela ne va pas sans heurts.
Peux- tu nous décrire tes premières émotions, lors de ta rencontre avec le réalisateur, les acteurs, l’équipe de tournage et lorsque tu as vu prendre vie devant toi ton histoire et tes personnages ?

L’entente entre le réalisateur et l’auteur est capitale. Si le courant ne passe pas, les choses peuvent vite devenir insupportables. J’ai eu la chance de travailler avec deux « réals » qui avaient la même vision du film que moi. Avec le réalisateur de « La Taupe », nous avons travaillé en parfaite harmonie. Nous avions les mêmes références cinématographiques, la même attirance pour les polars vraiment noirs et surtout le même enthousiasme. Je me revois le serrer dans mes bras et l’embrasser sur le front après le visionnage du montage. Nous étions très contents du résultat. Avec le réalisateur de Valence, qui est un projet particulier, nous avons une qualité commune : la ténacité. On finit toujours ce qu’on a commencé. Depuis cette aventure, nous sommes devenus amis et on se parle régulièrement de nos projets. La rencontre avec les acteurs est toujours un moment spécial. En général, ils sont sensibles, angoissés et très soucieux de la façon dont le public les perçoit. J’aime me rendre sur les plateaux, même si on a l’impression que tout tourne au ralenti. Les techniciens s’activent entre chaque scène, déplacent le matériel pour les champs et contrechamps, tout est réglé au millimètre près. L’instant magique est celui où le réalisateur lance le fameux « moteur ! » ou « Action ! » Le silence est total, on n’entend que les acteurs. Je me souviens d’une scène de « La Taupe ». Toute l’équipe se trouvait dans un appartement loué par la production, à Boulogne, alors que l’action était censée se dérouler à Bordeaux. Sandra Longo, le personnage interprété par Ingrid Chauvin, rentrait chez elle avec le commissaire Lafitte, joué par Yannis Baraban. Tournant le dos à Lafitte, Sandra lui expliquait pourquoi elle l’avait quitté trois ans plus tôt. L’émotion la submergeait et les larmes lui montaient aux yeux. Pendant que la caméra tournait, je me trouvais hors-champ, dans une chambre plongée dans le noir, face à Ingrid. Elle était vraiment proche de moi. Je l’écoutais dire son texte, je voyais les larmes dans ses yeux. J’étais ému et impressionné, un frisson m’a parcouru de la tête aux pieds. A la onzième prise, j’ai entendu le réalisateur dire « c’est la bonne ! », à l’instant même où je pensais la même chose. Un grand moment. D’une manière générale, il est toujours très émouvant de voir les personnages que tu as inventés prendre vie et d’entendre les acteurs dire les textes que tu as écrits.
Le très bon score d’audience de La Taupe (9.300.000 téléspectateurs, entre 36 et 39% de part de marché) t’a-t-il amené de nouveaux projets ?

L’audience de « La Taupe » m’a permis de me faire connaître dans le milieu. Ces dernières semaines, j’ai rencontré plusieurs producteurs. J’ai dû faire un choix parmi les projets qu’ils m’ont proposés. J’ai choisi celui qui s’éloigne le plus de ce que j’ai fait jusqu’à présent. Un téléfilm en deux parties, un très gros budget. J’en parlerai le moment venu…
Tu as également écrit le scénario de deux épisodes de Commissaire Valence (avec Bernard Tapie). Quelles sont les différences d’écriture par rapport à La Taupe ?

Comme je te le disais, la série « Commissaire Valence » est un projet à part. Il faut tenir compte de la personnalité de Bernard Tapie, qui sait ce qu’il veut et surtout ce qu’il ne veut pas. Bernard est un fonceur, toujours optimiste et prêt à prendre des risques. Il a été un meneur toute sa vie, il se donne à fond, alors il ne comprend pas que les autres ne s’investissent pas autant que lui. Du coup, la méthode de travail, la construction du scénario, les dialogues, tout est différent. Avec lui, pas de routine. Il peut demander une réunion de travail n’importe quand. Un soir, j’ai reçu un coup de fil vers dix-neuf heures : il voulait parler du scénario autour d’un dîner dans son restaurant italien préféré. Ce n’était pas du tout prévu. Il faut s’adapter, être disponible, à l’écoute et ne jamais oublier que rien n’est immuable dans ce milieu : ce qui est une certitude lundi devient une incertitude mardi.
Le fait d’avoir des acteurs principaux de renom, comme Ingrid Chauvin et Bernard Tapie, t’a-t-il amené à leur faire du sur mesure ? Et comment s’est passée ta rencontre avec ses deux acteurs ?

La collaboration avec Ingrid s’est très bien passée. Elle est très, mais alors très loin de l’image de bimbo que les médias renvoient d’elle. Sur le plateau, elle est pro, aimable et respectueuse. Le plus incroyable est sa disponibilité. Entre deux scènes, des fans venaient lui parler et prendre des photos avec elle. Elle n’a jamais manifesté d’ennui ni d’agacement. Bernard ne se livre pas facilement, il faut lui laisser le temps de vous apprivoiser. La première fois que je l’ai rencontré, j’ai senti qu’il me jaugeait de son regard perçant. Il sait très vite à qui il a affaire. Je l’ai côtoyé pendant presque un an, j’ai pu longuement parler avec lui des affaires, du foot, de la prison, de la politique – je l’ai souvent vu avant les élections, c’était très instructif ! Il peut se montrer vraiment surprenant. Ainsi, pour l’épisode « Permis de tuer », il m’a autorisé à évoquer sa différence d’âge entre lui et l’avocate dont il est amoureux, interprétée par Elodie Hesme. Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, il ne laisse personne indifférent. Il n’y a qu’à marcher avec lui dans la rue pour s’en rendre compte. Les regards expriment l’admiration, le respect, l’hostilité et même l’incrédulité. Certains semblent se dire : « Mais alors c’est vrai, il existe vraiment ! »
Après la télévision, on pense bien sur au cinéma. As-tu des projets de scénarii originaux ou d’adaptation de l’un de tes romans ? (L’ombre de Janus, Le baiser de Jason…) Ton univers étant très proche d’un réalisateur comme Oliver Marchal (Gangsters, 36, quai des orfèvres…)

Après la télé, le cinéma… J’ai été script-doctor sur un film actuellement en tournage, provisoirement intitulé « L’écart », avec Laurent Lucas. Et puis j’ai terminé l’écriture d’un scénario original, un thriller dont l’action se situe en République Dominicaine, dont le titre provisoire est « La mort aux deux visages ». A ce propos, j’ai passé deux semaines avec le producteur à Saint-Domingue, histoire de m’imprégner des lieux. Je me suis régalé pendant l’écriture de ce film. Contrairement à la télé, la liberté est plus grande. Certaines scènes sont carrément jubilatoires. Concernant l’adaptation de mes romans, j’ai eu plusieurs propositions pour « L’ombre de Janus » et « Le baiser de Jason ». Sur le principe, j’étais partant. On ne s’est pas entendus financièrement. Pour Jason, j’ai rencontré un producteur loufoque qui m’avait proposé une somme forfaitaire pour acheter le titre du livre et deux ou trois idées. J’ai bien ri et je lui ai dit que ce ne serait pas pour cette fois. Notre œuvre nous demande du temps et de l’énergie, je pense qu’il ne faut pas la brader au premier venu. A dire vrai, je ne suis pas pressé d’être adapté, encore moins maintenant que j’ai pu inventer des histoires et créer des personnages pour la télé et le cinéma. Pour en venir à Olivier Marchal, je suis avec beaucoup d’attention sa carrière de réalisateur. Nous avons un point commun, lui et moi : nous sommes fascinés par les flics limites, ni tout blancs ni tout noirs, mais naviguant plutôt entre le gris clair et le gris foncé. C’est peut-être pour cette raison que « The shield » est notre série préférée.
Ces nouvelles expériences vont-elles modifier ta façon d’écrire tes prochains romans ?

Il est évident que mon expérience scénaristique a changé ma façon d’appréhender le livre. J’écris plus vite, je vais à l’essentiel, je gomme tout ce qui n’apporte rien à l’histoire.
A quand un nouveau roman ?

Je travaille actuellement sur un nouveau livre, pas vraiment un polar. J’en parlerai bientôt.
Je te laisse le mot de la fin…

D’abord, je tiens à te remercier, Stéphane. Ta fidélité et ton amitié m’honorent. Je salue également Fabien qui a fait de « Plume libre » un site qui compte. Je viens régulièrement faire un petit tour sur le forum, histoire de voir ce que chacun pense de tel ou tel livre. Et puis, j’aime assez le ton et la verve de Nicole Provence. Allez, je me lance : Nicole, je t’embrasse !